« Apporter notre part d’enchantement »

« Porter ses intimes convictions a le pouvoir de réenchanter notre école ! »

Philippe Nicolas

 

Ce matin, Philippe Nicolas[1] m’a gentiment conviée à partager une matinée pas ordinaire avec ses élèves de CE2/CM1 de l’école primaire les Grésillons B, à Gennevilliers.

En effet, de retour d’expédition du Lac Miroir dans les Hautes Alpes, ce sont Gabriel Joseph-Dezaize, rédacteur en chef de National Geographic France et Nadège Lucas, assistante de rédaction, qui sont venus goûter et entendre l’incroyable expérience de 22 trappeurs en herbe !

L’objectif est d’éditer un numéro spécial de cette formidable aventure, nourrit d’articles rédigés par les enfants pour partager. Car, comme le dit Philippe Nicolas, « ce que tu vis et que tu ne communiques pas, c’est lettre morte».

C’est bien le partage qui est visé, la transmission de ce qui s’est vécu de précieux et qui donne goût au lecteur ou à l’auditeur de le vivre à son tour, d’aller explorer au-delà de soi-même, parfois juste à côté de soi.

Ce qui se transmet au travers de ces expérience de vie, c’est la vie même, un don de soi à l’autre qui rend vivant et nous met en mouvement.

Voilà l’essence même de ce projet, et cela Gabriel Joseph-Dezaize l’a bien compris. « C’est vous, les petits explorateurs, qui avez découvert, pas en Papouasie, mais en France, pas loin de chez nous, qu’il existe un endroit magique, qu’on ne connaît pas. On croit qu’on  connaît les choses, et on ne les connaît pas». Et la vraie magie, c’est de garder l’œil ouvert à la beauté omniprésente, mais souvent cachée derrière les affres du quotidien, de l’habitude, de la grisaille ou de la lassitude.

Philippe Nicolas met en œuvre la pédagogie de projet[2], « il s’agit de donner une part de décision réelle et d’action aux enfants » dit-il. Et elle prend forme et volume : les enfants sont acteurs et auteurs.

Cela les emmène loin : la grandeur de leurs idées n’arrête pas leur enseignant qui n’est plus maître de l’ordre mais guide et facilitateur.

Selma a l’idée de recenser les poissons du lac et Adam a l’idée d’aller dans l’eau avec un sous-marin. Alors c’est parti ! Ils ont fabriqué un canoë montable/démontable, fabriqué des pagaies, tour à tour concepteurs, maquettistes, ingénieurs, cette expédition convoque tous les apprentissages (résolution de problèmes, volumes, patrons…)[3]. Le réel devient accessible puisqu’ils l’ont construit.

Il n’y a rien d’indépassable quand la promesse du sommet est belle, quand la motivation vient de l’intérieur, quand le désir est profond et authentique de faire le projet un peu fou d’aller tous ensemble gravir une montagne, y découvrir un lac et ses trésors insoupçonnés. En contact avec la nature, c’est le lien à soi, aux autres et au monde qui se renature.

Cela fait d’eux, des écoliers aventuriers, des saventuriers comme aime le dire Philippe Nicolas.

Ne sommes-nous pas au cœur de ce que pourrait être l’école ? Une école au service de la vie, d’un désir que l’on croit plus grand que soi et pouvoir se découvrir plus grand que le désir même, se sentir capable avec l’appui du groupe, oser, grandir en confiance, éprouver la force et la portée de l’être ensemble ? N’y a-t-il pas d’autres conditions à la réussite voire même à la survie de notre humanité ?

Cette expédition est le fruit du travail d’une année scolaire et Jennah, dans son témoignage pose ces mots étonnants : « Le E de l’école peut devenir le E d’extraordinaire quand on le met en majuscule » !

Jennah n’a pas pu participer au voyage, et pourtant, elle en parle presque comme si elle y avait été : « On a gravi la montagne et vous avez vu un lac magnifique comme vous me l’avez dit. Et ça m’a permis de vivre l’expédition dans mon imaginaire ». Dans son imaginaire, mais aussi grâce à tout le travail préalable.

Ce qui compte le plus, c’est cette mise en mouvement symbolique, l’ouverture des possibles au-delà de la réalité.

Un jour Jennah aura son Lac Miroir à raconter, car toute cette année, elle a construit, avec les autres et pour elle-même, les outils qui lui permettront d’atteindre tous ses sommets. C’est l’apprentissage le plus précieux qui soit.

Alors oui Jennah, le E de l’école peut devenir le E d’Extraordinaire mais aussi celui d’Enchantement, et il offre en chemin la plus belle majuscule à l’Ecole…

« Porter ses intimes convictions a le pouvoir de réenchanter notre école » nous dit Philippe Nicolas.

Je crois même que cela a le pouvoir de réenchanter le monde… et c’est sur cet unique chemin que nous devons marcher et guider nos enfants !

 

[1] Philippe Nicolas est docteur ès Sciences de l’Education et professeur des écoles depuis 15 ans. Il a notamment écrit Enseignant trappeur, pourquoi pas ! Quand la nature réenchante l’école, Ed. Le Souffle d’Or, Collection Naître et Grandir

[2] La pédagogie de projet est fondée sur la motivation des élèves et permet l’objectif de réalisations concrètes.

[3] https://www.youtube.com/watch?v=Ma11-9d02Lk

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